Pourquoi on n’importe pas d’eau comme on importe du gaz ou du pétrole, alors que les ressources en eau douce sont inégalement réparties dans le monde ?

1- Parce que cela coûte beaucoup moins cher d’importer des céréales que de l’eau.

« Les pays pauvres en eau répondent souvent aux besoins grandissants des villes et de l’industrie en puisant dans l’eau qui servait à l’irrigation et en important des céréales pour compenser la baisse de la production qui en résulte. Etant donné qu’une tonne de céréales équivaut à mille tonnes d’eau, l’importation de céréales est le moyen le plus efficient d’importer de l’eau… » Lester Brown, « Water deficits growing in many countries », Eco-economy update (Washington DC ; Earth policy Institute, 6 août 2002).

Cela explique que les pays du Nord de l’Afrique et du Moyen-orient (qui sont aussi des pays exposés à de très fortes pressions sur leurs ressources en eau douce) aient vu leurs importations de céréales augmenter très fortement au cours des dernières décennies.

En réalité, l’augmentation de la consommation de céréales dans ces pays s’explique également par l’augmentation de la population, par l’augmentation du niveau de vie et par les changements d’habitudes de consommation alimentaire, devenue plus riche en viande (l’élévage nécessitant beaucoup de céréales… et d’eau !).

2- Mais certains pays ou certaines régions importent de l’eau, par pipelines ou par bateaux

Par exemple, les projets de pipelines visant à alimenter les villes du nord de la Chine, densément peuplées et exposées à un climat sec, en les reliant aux fleuves des régions humides du centre et du sud de la Chine.

Ou les importations d’eau en bateau de Marseille vers Barcelone, qui peine à satisfaire les besoins en eau de ses habitants auxquels viennent s’ajouter presque autant de touristes pendant l’été, à un moment où les réserves d’eau douce sont les plus faibles. – Pénurie d’eau. La Provence va désaltérer Barcelone – International – Espagne. une flotte de bateaux acheminera de l’eau vers la capitale catalane dont les réserves sont à sec (La Dépêche du Midi, 19 mars 2008). Mais pour cela, il faut que les pays voisins soient coopératifs…

3- D’autres pays produisent de l’eau douce à partir d’eau de mer

Mais dessaler l’eau de mer nécessite beaucoup d’énergie fossile, et coûte donc cher. C’est ce que fait notamment l’Arabie Saoudite, pays producteur de pétrole.

4- Et pour les pays suffisamment riches qui manquent d’eau mais n’ont ni voisins coopératifs, ni ressources en énergie fossile ; deux solutions : le progrès technique (pour consommer moins d’eau) ou la force militaire pour rendre le voisin plus coopératif !

5- Et pour les pays qui manquent d’eau mais ne sont pas suffisamment riches pour les autres solutions : la réduction de la consommation d’eau, volontaire et progressive, ou involontaire et brutale (=famine et conflits)

Par exemple, autour du lac Tchad au Sahel. « L’assèchement du Lac Tchad n’est pas le seul de fait de la nature même si de fait la baisse des précipitations ne peut permettre au niveau du lac de remonter. L’assèchement du plan d’eau est le fait des hommes qui autour du lac, pompent de l’eau et assèchent des terres sur ses rives pour pratiquer l’agriculture. […] Peu profond naturellement, le Lac Tchad fournit de l’eau à plus de 20 millions de personnes dans les quatre pays limitrophes : le Tchad, le Cameroun, le Niger et le Nigeria qui connaissent une forte croissance démographique. » Les hommes responsables de l’assèchement du lac Tchad (rfi.fr, 01 juin 2015).

« Le ministre nigérian des Ressources en eau, Suleiman Adamu, se dit particulièrement inquiet pour son pays. Si le lac continue de s’assécher, cela entraînera des déplacements de populations massifs, prédit-il. « Nous allons faire face à beaucoup plus de conflits internes si les gens quittent la région du lac pour aller vers le Sud et il y aura aussi des conflits dans les pays plus à l’Est parce que les gens vont se diriger vers l’Afrique centrale et le bassin du Congo. Une grande partie des populations pauvres du nord du Nigeria qui vivent dans les zones sahéliennes frappées par la désertification risque aussi d’être touchée. Ces gens comptent sur les eaux souterraines pour boire, pour faire la cuisine, pour tout , il n’y a pas d’autres sources d’eau, pas de rivière dans cette zone. » Changement climatique : comment sauver le Lac Tchad (rfi.fr, 03 décembre 2015).

 

D’après D. Meadows, D. Meadows, J. Randers, « Les limites à la croissance (dans un monde fini), Le Rapport Meadows, 30 ans après », Editions Rue de l’échiquier, Paris, 2012, pp. 124-125.

Alors, les usages locaux de l’eau douce à Barcelone, à Pékin, dans les pays arabes ou au Sahel, soutenables ou pas ?

La tyrannie de la beauté

La beauté est injuste. Elle crée des inégalités entre individus qui, bien que non dites, ont de très fortes implications sur le marché de l’amour ou sur celui du travail. Par Jean-François Dortier. On peut débattre sans fin de la beauté. La laideur, elle, est indiscutable.
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